Arrêtons de « pathologiser » les relations professionnelles

Sujets chauds : novembre 2016

Panic syndrome

Oui je sais ce mot n’existe pas mais il exprime bien ce que je veux dire. J’ai observé que dans une difficulté relationnelle récurrente avec son chef, un collaborateur ou une personne de l’entreprise, il est fréquent de poser un jugement sous forme de diagnostic pathologique. Et nous voici entourés de manipulateurs, pervers narcissiques, hystériques, autistes, schizophrènes, bipolaires, paranoïaques, dépressifs et j’en passe… Alors pourquoi fait-on cela ?

Le plus souvent pour trouver une explication à ce que nous ne comprenons pas et n’arrivons pas à résoudre.

Pourtant, nous limitons, par cette façon de réagir, notre marge de manœuvre dans l’interaction et nos chances de résoudre la difficulté.

Un environnement qui pousse à la pathologisation

Notre société judéo-chrétienne devient depuis quelques années une société judéo-chrétienne-psy. Le « psy » proposant des explications ou des réponses, certains entrent en « psy » comme en religion ce qui peut produire les mêmes dérives.

Pourtant, les « psy », professionnels expérimentés, ne font pas de prosélytisme ni ne posent de diagnostic sans examiner et investiguer. Ils ont acquis une expérience à travers des années d’apprentissage, de cours théoriques, de mises en pratiques, d’erreurs et réussites, d’observations, de supervisions qui leurs donnent du recul et un regard bienveillant sur nos relations humaines. Connaissant le poids d’une réelle pathologie à porter et à vivre, ils sont mesurés et prudents avant de poser un diagnostic clinique. Celui-ci a pour objet de proposer un protocole d’accompagnement thérapeutique approprié mis en œuvre par des professionnels.

Il est souvent dit que nous portons, chacun, en germe les pathologies citées au début de ce texte, mais cela ne signifie pas qu’elles vont émerger et advenir. Une toux ne se transforme pas systématiquement en pneumonie ! Il faut un contexte, une fragilité particulière, un environnement déclencheur pour développer la maladie. Le germe n’est pas le fruit.

Investiguer avant de poser une pathologie

Si vous vous sentez fatigué ou avez mal quelque part, vous prenez rendez-vous avec un médecin afin qu’il vous examine voire prescrive des examens complémentaires, si nécessaire, pour l’aider à poser un diagnostic.

Pour les relations, en particulier les relations professionnelles à fort enjeu, c’est la même chose. Investiguer et observer les interactions permettent de comprendre ce qui se passe, d’envisager les diverses possibilités d’intervention ou de réaction. De plus, il se peut que certaines fois, ce travail de clarification, de tri des informations fasse évoluer la vision de la situation et aide à se positionner différemment sans recourir à la pathologie.

Fixer un comportement ponctuel limite les marges de manœuvre

Les relations professionnelles caractérisent une relation de travail définie par un contrat pour les salariés ou un contrat de business pour les autres ; ce qui fait qu’elles sont porteuses d’un enjeu fort.

Si vous posez une étiquette pathologique, vous fixez un comportement ponctuel en cas répertoriés et vérifiables.

De fait, vous induisez une compréhension inadéquate de l’interaction et des comportements qui en découlent, voire qui peut renforcer la difficulté relationnelle. Par un effet de halo, vous regarderez la situation à travers ce pseudo-diagnostic vous privant, ainsi, d’autres angles de vue qui vous permettraient d’essayer des possibilités différentes de communiquer avec cette personne difficile pour vous.

Un diagnostic relationnel, même inapproprié, produit surtout un bénéfice pour les auteurs.

Il leur évite de se remettre en question dans la relation puisque c’est l’autre, par sa pathologie, qui est la cause du désordre relationnel.

C’est pourquoi dans nos échanges je suis attentive à repérer :

  • Si le diagnostic posé aide mes clients à vivre la situation et ne crée pas d’autres difficultés. Dans ce cas nos entretiens permettent à la personne de prendre de la distance en revisitant la situation avec un tiers.
  • Dans le cas contraire, si la « pathologisation » n’aide pas à mieux fonctionner, je cherche à comprendre, avec les personnes, ce qui les a amenées à exprimer les choses ainsi. Elles ont surement de bonnes raisons. Au cours de nos séances, il se peut que leur vision de la situation évolue ou que la personne soit moins affirmative. Alors, parfois, d’autres solutions émergent.
  • Il s’agit de relations professionnelles, je cherche à identifier la ou les contraintes qui renforcent les difficultés de cette situation (engagements financiers personnels, proximité du lieu de travail, promotion en jeu, arrivée dans une nouvelle société, culture de l’entreprise…) et à repérer les évolutions de l’environnement et leur impact sur la personne afin de comprendre, avec elle, SA réelle marge de manœuvre ou les apprentissages nécessaires qui seront utiles pour « aujourd’hui » et faciliteront « demain ».

Publié par Marie-Laure VOISARD en novembre 2016 dans Sujets chauds

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