Faire une analyse approfondie du quotidien avant de s’associer

Réussir sa relation d’associés : décembre 2012

analyse-approfondieMarie, avocate dans un cabinet anglo-saxon depuis 10 ans, décide de s’associer avec Gilles, une relation de son époux qui lui propose de racheter, ensemble, une clientèle appartenant à deux avocats partant à la retraite pour lesquels Gilles a collaboré pendant quelques années. Le cabinet compte dix personnes (avocats, collaborateurs et secrétaires), les deux associés et un associé historique qui doit partir à la retraite dès que le passage de relais sera fait. Le projet semble intéressant : Marie participe au rachat d’une clientèle, s’engage à développer une clientèle pour compenser la perte de vitesse de la clientèle historique, et peut se constituer un patrimoine pour sa retraite grâce à l’achat corrélatif des locaux d’exploitation.

Très vite, Marie déchante : elle découvre qu’il n’existe qu’une seule adresse mail pour l’ensemble du cabinet, laquelle est à peine utilisée, que l’organisation du travail est à « l’ancienne » c’est à dire qu’il n’y a ni attribution de dossier par collaborateur, ni suivi du temps d’activité. Son associé lui dit que changer les mentalités se fait sur la durée. Il ne soutient pas Marie, au quotidien, sur la nouvelle proposition d’organisation. Marie s’aperçoit, peu à peu, que son associé manque d’expertise sur les dossiers dont il est censé  reprendre la maitrise à la suite des avocats devant partir en retraite, ce qui nécessite le maintien de l’associé historique qui s’oppose systématiquement à toute évolution.

Marie veut que cela marche, balaie ses doutes et s’investit sur tous les plans : réorganisation du cabinet, recrutement de nouveaux collaborateurs, management des anciens, recherche de nouveaux clients… (malgré les critiques permanentes de l’équipe historique). Elle réussit sur le plan commercial. Mais face au conflit de cultures, les nouveaux collaborateurs démissionnent. Elle n’arrive pas à développer les compétences des anciens. Elle pense qu’elle doit être solidaire de son associé, même quand elle ne partage pas son point de vue. Elle a signé avec lui, doit tout faire pour que cela marche même si elle y croit de moins en moins. Elle dit les choses, mais finit toujours pas céder en se laissant convaincre par son associé que cela va évoluer mais qu’il faut du temps.

Au bout de 3 ans, ils se sépareront sans que Marie ne puisse réellement récupérer tout son investissement, ils n’avaient pas signé de pacte d’associés, les comptes n’étaient pas déposés et les AG pas à jour.

Enseignements à tirer de cette situation

Il y a souvent plusieurs projets dans un projet, il faut tous les explorer.
Dans ce cas, il y a :
1. l’investissement à long terme dans un patrimoine immobilier pour constituer une retraite,
2. le rachat de clientèle existante pour sécuriser le fonctionnement du cabinet,
3. l’association : comment on travaille et fonctionne ensemble au quotidien avec un nouvel associé ?
4. les finances au quotidien : comment on gère les recettes et les dépenses ?

Il semble que l’audit avant l’association ait surtout porté sur les points 1 et 2. Par contre les points 3 et 4 n’ont pas été explorés, Marie ayant fait une confiance « aveugle » à Gilles.
Le fonctionnement quotidien a été survolé, or c’est lui qui permettra un développement et une rentabilité. Marie ayant connu une seule organisation, les cabinets anglo-saxons, elle s’imagine que tous les cabinets fonctionnent sur ce modèle. Personne n’a cherché à cacher des choses, mais les bonnes questions n’ont pas été posées et les informations recueillies sont insuffisantes pour prendre une décision en toute connaissance de cause.

Il n’y a pas de pacte d’associés. Il aurait pu clarifier le fonctionnement quotidien et proposer des solutions en cas de désaccord.

Regard du coach

1. Avant de s’associer dans un cabinet qui fonctionne depuis déjà plusieurs années, auditer le fonctionnement quotidien ainsi que les personnalités pour valider l’existant, la compatibilité des personnalités et envisager un plan d’action si nécessaire.
2. Travailler sur un dossier avec son futur associé pour valider son niveau d’expertise et s’assurer des mêmes niveaux d’exigences en terme de qualité pour le client.
3. Analyser avec des professionnels : les points forts, les points faibles et valider l’intérêt du projet. Professionnels métiers (avocat et expert-comptable) pour la partie expertise métier et activité. Professionnels de la relation (coach) pour l’adéquation entre les personnes et le projet.
4. Faire un pacte d’associés aidé par un avocat ou un notaire.
5. Respecter les obligations légales : dépôt des comptes et AG à jour.
6. Mettre en place des réunions régulières au démarrage sur ce qui marche et ne marche pas avec un professionnel extérieur si besoin.
7. Ecouter ses alertes internes et oser se faire aider par des professionnels, même sur son domaine de compétence.

Publié par Marie-Laure VOISARD en décembre 2012 dans Réussir sa relation d’associés

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